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L'IA à l'école au Maroc : ce que recommande le CSEFRS

Recommandation n° 1/2026 du Conseil supérieur de l'éducation : l'IA à l'école au Maroc, cycle par cycle, et ce qu'un enseignant peut faire dès maintenant.

10 min de lecture Par

L’essentiel

Mis à jour le

  • Selon le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, l'usage de l'IA en éducation appelle un cadre national (recommandation n° 1/2026, adoptée en avril 2026).
  • Le texte module l'approche par cycle : protection au primaire, sens critique et autonomie intellectuelle au secondaire, intégrité académique dans le supérieur.
  • Selon l'enquête TALIS 2024 de l'OCDE, 26 % des enseignants de collège au Maroc ont utilisé l'IA dans leur travail (moyenne de l'OCDE : 36 %).
  • Parmi ceux qui ne l'utilisent pas, 76 % disent que leur établissement n'a pas l'infrastructure nécessaire (moyenne de l'OCDE : 37 %).
Sommaire (8 parties)
  1. Ce que le Conseil a adopté, et pourquoi maintenant
  2. Primaire, secondaire, supérieur : une approche cycle par cycle
  3. Ce que le texte demande à l’État, et ce qu’il ne dit pas
  4. Ce que le ministère a déjà engagé
  5. Les enseignants marocains et l’IA : ce que mesure l’OCDE
  6. Évaluer autrement, dès cette semaine
  7. Intégrité et esprit critique : dire où passe la ligne
  8. En résumé

Lundi soir, dans un collège public de Marrakech. Nour, 41 ans, professeure de SVT, corrige trente exposés sur le cycle de l’eau : six ont le même plan et les mêmes tournures, à la virgule près. Le matin, en salle des professeurs, son collègue Soufiane disait avoir lu que le Conseil supérieur de l’éducation réclamait un « cadre national » pour l’intelligence artificielle ; personne ne savait ce que cela changerait, dès demain, en classe. Vous reconnaissez la scène ?

Ce texte existe : c’est la recommandation n° 1/2026 du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS). Cet article résume ce qu’elle dit, ce que le ministère a déjà lancé, et ce qu’un enseignant peut faire dans sa classe sans attendre un cadre officiel.

Ce que le Conseil a adopté, et pourquoi maintenant

Selon le Conseil supérieur de l’éducation (CSEFRS), l’IA générative s’est installée dans le système éducatif plus vite que son encadrement institutionnel, d’où son appel à un cadre national.

Son titre dit son objet : l’adoption d’un cadre national d’orientation pour l’usage de l’intelligence artificielle dans l’éducation, la formation et la recherche scientifique (recommandation n° 1/2026 du CSEFRS). Le Conseil s’est saisi lui-même du sujet. Son Assemblée générale a adopté la recommandation en avril 2026, lors de sa 12e session, et le texte a été rendu public en juin. La version originale est en arabe ; la version française en est la traduction.

Le constat de départ est un décalage : d’un côté, des applications d’IA générative entrées vite, et pour de bon, dans le système éducatif ; de l’autre, un encadrement institutionnel en retard. Dit simplement : élèves et enseignants s’en servent déjà, et les règles communes n’existent pas encore.

Une précision sur la portée du texte. La Constitution fait du Conseil « une instance consultative » chargée d’émettre son avis sur les politiques publiques d’éducation, de formation et de recherche (Constitution de 2011, article 168). Sa recommandation n’est donc pas un règlement : elle dit à l’État ce qu’il devrait construire. Le cadre national, lui, reste à écrire.

Primaire, secondaire, supérieur : une approche cycle par cycle

Le Conseil place tout le dispositif sous un principe : l’intérêt supérieur de l’enfant, qu’il pose comme la référence de toute intervention dans ce domaine. Il en tire une approche qui change avec l’âge et le cycle :

  • Au primaire, une logique de protection, la plus forte, le temps que l’enfant construise ses bases cognitives et linguistiques ;
  • Au secondaire, le développement du sens critique et de l’autonomie intellectuelle, avec la compréhension des limites et des biais de ces outils ;
  • Dans le supérieur, l’appui à la recherche, en protégeant l’intégrité académique et la crédibilité des diplômes face au plagiat ;
  • En formation professionnelle, l’accompagnement de l’évolution des métiers et des compétences.

La raison de cette gradation est pédagogique. Pour le Conseil, chez des enfants et des adolescents dont les compétences linguistiques, analytiques et critiques sont en construction, un usage précoce et sans cadre peut affaiblir l’effort intellectuel, avec des fragilités en lecture, en écriture, en calcul et en raisonnement logique. Le texte veut au contraire des élèves qui produisent du savoir avec ces outils, et non des consommateurs de réponses toutes faites.

L’UNESCO allait déjà dans ce sens. Ses orientations sur l’IA générative en éducation, présentées le 7 septembre 2023, fixent à 13 ans l’âge minimum pour utiliser ces outils en classe et demandent que les enseignants y soient formés (UNESCO, 7 septembre 2023). Pour situer les cycles et les âges au Maroc, notre article sur les niveaux scolaires du système éducatif marocain fait le point.

Ce que le texte demande à l’État, et ce qu’il ne dit pas

La recommandation s’adresse d’abord aux pouvoirs publics. Le Conseil propose de concevoir un cadre national de référence pour réguler les usages de l’IA dans l’éducation : il en définirait les finalités pédagogiques, les principes, les conditions d’utilisation et le rôle de chacun. Il propose aussi une instance nationale chargée de produire des connaissances sur l’IA et ses usages en éducation et en formation, pour fonder les décisions publiques sur des données.

Le reste du texte trace des garde-fous :

  • des mécanismes pour agréer les applications et les plateformes éducatives selon des critères pédagogiques, éthiques et de protection des données ;
  • une intégration progressive, par expérimentation et évaluation continue, alignée sur la révision des programmes et des modes d’évaluation ;
  • la transparence des systèmes, la supervision humaine, la protection des données personnelles et la prévention des biais, y compris linguistiques : le Conseil demande la non-discrimination linguistique et une vigilance accrue face aux biais que ces outils peuvent véhiculer ;
  • la mobilisation des familles, et la participation des élèves eux-mêmes au débat.

Et l’enseignant ? Le Conseil écarte toute idée de le remplacer par la machine. Il demande au contraire de renforcer ses capacités, et de garder le professeur et l’élève au centre de l’acte éducatif.

Ce que le texte ne contient pas compte autant. Aucune liste d’outils autorisés, aucune règle à appliquer en classe, aucun calendrier. C’est cohérent pour un texte consultatif, mais cela laisse chaque enseignant seul face à ses copies, comme Nour un lundi soir.

Ce que le ministère a déjà engagé

Le ministère, alors ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, a engagé plusieurs actions, pour la plupart avant la publication de la recommandation. Voici les faits publiés sur son site ou par l’agence officielle MAP :

  • Les Écoles pionnières, lancées en 2023-2024, ont équipé des classes du primaire et du collège de vidéoprojecteurs interactifs et doté des enseignants d’ordinateurs portables, avec une plateforme d’innovation pédagogique, « Digital Lab Éducation » (ministère, « Développement des ressources numériques »). Le 10 juillet 2026, à un sommet organisé par l’UNESCO, le ministre a présenté ce programme, qui recourt au numérique et à l’intelligence artificielle « pour l’accompagnement et le soutien des apprentissages » (ministère, 10 juillet 2026).
  • La « Caravane Code pour Tous » apporte, avec un dispositif mobile (tablettes, kits de robotique et d’intelligence artificielle), des activités de programmation, de robotique et d’initiation à l’IA aux élèves de 6e année du primaire, à l’horizon 2026 (même page du ministère). Initier des élèves à ce qu’est l’IA, en classe et encadrés, diffère d’un usage précoce et sans cadre, celui dont le Conseil s’inquiète.
  • Le 12 janvier 2026, le ministre a participé au lancement de la feuille de route « AI Made in Morocco » ; une convention signée ce jour-là vise notamment à qualifier les cadres pédagogiques et techniques (ministère, 12 janvier 2026).
  • Le 11 mai 2026, devant la Chambre des représentants, le ministre a cité les outils d’intelligence artificielle parmi les techniques de fraude au bac, un défi qui « soulève des questions liées à l’égalité des chances », et annoncé 2 000 appareils pour détecter les téléphones en fonctionnement dans les salles d’examen (MAP, relayée par maroc.ma).
  • Le 12 mai 2026, lors d’une journée nationale organisée avec le programme PIAFE de l’Union européenne, le ministère a présenté un module de formation continue consacré à « l’intelligence artificielle dans l’éducation », expérimenté par l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Béni Mellal-Khénifra (ministère, 12 mai 2026).

Le gouvernement a changé le 16 octobre 2026. Ce que le nouveau ministère fera de la recommandation n’est pas encore connu.

Les enseignants marocains et l’IA : ce que mesure l’OCDE

Selon l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE, 26 % des enseignants de collège au Maroc ont utilisé l’IA dans leur travail, contre 36 % en moyenne dans l’OCDE.

L’enquête, menée en 2024 auprès des enseignants et des chefs d’établissement du collège, détaille les usages (OCDE, TALIS 2024, note sur le Maroc). Ceux qui s’en servent le font surtout pour se documenter et résumer un sujet (72 %) ou pour préparer des séances et des activités (71 %). Chez ceux qui ne s’en servent pas, 68 % disent ne pas avoir les connaissances et les compétences pour enseigner avec l’IA, et 76 % que leur établissement n’a pas l’infrastructure pour l’utiliser, contre 37 % en moyenne dans l’OCDE.

Un chiffre résume la situation : de tous leurs besoins de formation, c’est l’usage de l’IA dans l’enseignement que les enseignants marocains déclarent le plus souvent comme élevé (61 %). En attendant les formations, ce qui se joue en classe dépend de chaque professeur.

Évaluer autrement, dès cette semaine

Le Conseil demande d’aligner l’intégration de l’IA sur la révision des modes d’évaluation. Dans une classe, cela commence par une question simple : que prouve un travail rendu, quand une machine peut l’écrire ?

Pas grand-chose, s’il est fait à la maison et jugé sur le seul résultat. D’où trois déplacements, à la portée de tout enseignant :

  1. Évaluer le cheminement. Brouillons, plan avant la rédaction, corrections successives : ce qui montre comment l’élève a pensé compte autant que la copie finale. Une partie du travail peut se faire en classe, sous vos yeux.
  2. Redonner sa place à l’oral. Quelques minutes d’échange sur un exposé permettent souvent de voir si l’élève comprend ce qu’il a rendu : « Pourquoi ce choix ? », « Que se passerait-il si l’on changeait cette donnée ? ». Le but n’est pas de piéger, mais de faire parler la compréhension.
  3. Ancrer les sujets dans la classe. Une expérience faite ensemble, un texte étudié en cours, des données relevées près de l’école : une réponse générique y tombe à plat. Sur les programmes marocains, ces outils répondent d’ailleurs souvent à côté, comme nous l’expliquons dans notre article sur la façon dont fonctionne une IA.

La tentation inverse existe : s’équiper d’un détecteur et traquer les copies suspectes. Le Conseil ne parle pas de détection ; il parle de revoir l’évaluation. C’est aussi la voie qui préserve la confiance entre le professeur et ses élèves.

Intégrité et esprit critique : dire où passe la ligne

L’élève ne peut pas deviner la règle. Elle change d’un travail à l’autre, et c’est normal : un exercice d’entraînement, un exposé et un devoir surveillé n’ont pas le même but. Annoncez-la à chaque fois, en une phrase :

  • sans IA, quand l’effort lui-même est l’apprentissage : rédiger, résoudre, mémoriser ;
  • avec l’IA pour une étape précise, par exemple se faire réexpliquer une notion, puis rédiger seul ;
  • avec l’IA, à condition de le déclarer, quand l’élève indique ce qu’il a demandé et ce qu’il a gardé.

Parler d’intégrité sans moraliser, c’est expliquer pourquoi : un devoir sert à apprendre, pas à produire un document. Le Conseil demande d’associer les élèves au débat ; une discussion en classe sur ce qui est honnête, et pourquoi, vaut mieux qu’un règlement affiché au mur.

Au secondaire, l’esprit critique se travaille sur pièces : comparer la réponse d’une IA au manuel ou à une source officielle, y repérer une erreur, dire d’où vient une information. C’est le sens critique et l’autonomie intellectuelle que le Conseil fixe pour ce cycle.

Deux lignes ne bougent pas. Aux examens, le ministère range les outils d’IA parmi les techniques de fraude. Au primaire, notre position est nette : pas d’assistant conversationnel entre les mains des élèves, ce qui rejoint la logique de protection du Conseil et le seuil de 13 ans fixé par l’UNESCO.

Et pour vous ? Préparer une séance avec l’IA fait gagner du temps : c’est un usage légitime, à condition de tout vérifier et de n’y saisir aucune donnée personnelle d’élève, car leur protection figure parmi les principes posés par le Conseil. Le dernier mot reste le vôtre.

Notre conseil, au centre Wizaide à Guéliz : n’attendez pas une circulaire pour poser vos règles. Décidez, pour chaque travail, ce que vous autorisez, ce que vous vérifierez à l’oral et ce que vous ne confierez jamais à une machine, puis dites-le à vos élèves. Notre page IA et éducation présente les repères que nous proposons aux élèves, aux parents et aux enseignants.

En résumé

  • Selon le Conseil supérieur de l’éducation (CSEFRS), l’IA générative s’est installée dans le système éducatif plus vite que son encadrement institutionnel, d’où son appel à un cadre national.
  • Une approche par cycle : protection au primaire, sens critique et autonomie intellectuelle au secondaire, intégrité académique et crédibilité des diplômes dans le supérieur.
  • Un texte consultatif : la recommandation n° 1/2026 trace des principes ; le cadre national, les outils autorisés et les règles de classe restent à définir.
  • Selon l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE, 26 % des enseignants de collège au Maroc ont utilisé l’IA dans leur travail, contre 36 % en moyenne dans l’OCDE.
  • En classe, dès maintenant : évaluer le cheminement, vérifier à l’oral, annoncer pour chaque travail ce qui est permis.

Questions fréquentes

Les réponses qu'on donne le plus souvent au centre.

Qu'a recommandé le CSEFRS sur l'intelligence artificielle ?

Dans sa recommandation n° 1/2026, adoptée en avril 2026 et rendue publique en juin, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique demande un cadre national pour orienter l'usage de l'IA dans l'éducation, la formation et la recherche : finalités pédagogiques, principes, conditions d'utilisation, rôle de chacun. Il propose aussi une instance nationale chargée de produire des connaissances sur ces usages (recommandation n° 1/2026, csefrs.ma).

La recommandation du CSEFRS s'impose-t-elle aux écoles ?

Pas à elle seule. La Constitution fait du Conseil « une instance consultative » chargée d'émettre son avis sur les politiques publiques d'éducation, de formation et de recherche (Constitution de 2011, article 168). Sa recommandation éclaire la décision publique ; le cadre national qu'elle demande reste à construire.

Que prévoit le CSEFRS pour l'IA à l'école primaire ?

Une logique de protection. Le Conseil place le cadrage sous le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant et estime qu'un usage précoce et sans cadre peut affaiblir l'effort intellectuel d'enfants qui construisent encore leurs bases en lecture, en écriture, en calcul et en raisonnement (recommandation n° 1/2026). L'UNESCO, dans ses orientations présentées le 7 septembre 2023, fixe à 13 ans l'âge minimum pour utiliser ces outils en classe (UNESCO).

Combien d'enseignants utilisent l'IA au Maroc ?

Selon l'enquête TALIS 2024 de l'OCDE, 26 % des enseignants de collège au Maroc ont utilisé l'IA dans leur travail au cours des douze mois précédant l'enquête, contre 36 % en moyenne dans l'OCDE. Les compétences pour utiliser l'IA dans l'enseignement sont le besoin de formation qu'ils jugent élevé le plus souvent (61 %) (OCDE, TALIS 2024, note sur le Maroc).

Faut-il attendre le cadre national pour agir en classe ?

Non. Dans le respect du règlement de son établissement, un enseignant peut déjà dire, pour chaque travail, ce qui est permis, évaluer le cheminement autant que le résultat, et vérifier à l'oral qu'un élève comprend ce qu'il a rendu. Ces gestes vont dans le sens du Conseil, qui demande d'aligner l'intégration de l'IA sur la révision des modes d'évaluation.

Sources citées

  1. recommandation n° 1/2026 du CSEFRS · csefrs.ma
  2. Constitution de 2011, article 168 · sgg.gov.ma
  3. UNESCO, 7 septembre 2023 · unesco.org
  4. ministère, « Développement des ressources numériques » · men.gov.ma
  5. ministère, 10 juillet 2026 · men.gov.ma
  6. ministère, 12 janvier 2026 · men.gov.ma
  7. MAP, relayée par maroc.ma · maroc.ma
  8. ministère, 12 mai 2026 · men.gov.ma
  9. OCDE, TALIS 2024, note sur le Maroc · oecd.org

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