Mardi 14h. Jalal, 40 ans, directeur achat pour un groupe manufacturier à Marrakech, reçoit un appel vidéo d’un fournisseur britannique. Le fournisseur propose une augmentation de 12 % sur le prix des matières premières. Jalal comprend l’anglais courant, mais il ne sait pas comment proposer une contre-offre sans paraître agressif, comment conditionner sa réaction ou comment reconnaître quand il a ce qu’il faut pour conclure. Après 20 minutes de panique intérieure et de réponses molles, il accepte 8 % d’augmentation, une victoire du fournisseur. Il se demande s’il aurait pu faire mieux. Vous reconnaissez cette sensation d’impuissance en anglais lors d’une vraie négociation ?
Négocier en anglais n’est pas parler couramment : c’est structurer vos propos, reconnaître où l’autre partie bouge, et engranger des concessions mesurables. Cet article vous livre 25 phrases éprouvées, organisées par phase, que vous réutiliserez dès votre prochaine négociation commerciale.
Phase 1 : Ouverture et cadrage (5 phrases)
L’ouverture prépare le terrain. Vous établissez les paramètres et vous posez les bonnes questions.
1. Poser le périmètre :
« Before we dive in, I’d like to confirm the scope of what we’re discussing. Are we talking about the full contract renewal, or just the pricing component for Q3 and Q4? »
Pourquoi : les malentendus naissent tôt. Alignez-vous d’abord sur ce qui est sur la table.
2. Reconnaître la contrainte de l’autre :
« I understand you’re facing cost pressures this quarter. That’s a real constraint on your side. To find a solution that works for both, let me ask: what’s your key bottleneck, volume, timeline, or payment terms? »
Pourquoi : montrer que vous écoutez la contrainte de l’autre rend votre contre-proposition plus crédible.
3. Déclarer votre intention :
« Our goal here is to build a sustainable partnership. That means pricing that works for both of us, clear volumes, and terms we can both commit to for 24 months. Does that align with your intent? »
Pourquoi : vous annoncez que vous visez un accord durable, pas une victoire à court terme, ça rassure.
4. Inviter à parler en premier :
« I’ve prepared some thoughts, but I’d like to hear your proposal first. What would a deal look like on your end? »
Pourquoi : laisser l’autre parler en premier révèle ses priorités et ses flexibilités avant vous ayez joué vos cartes.
5. Confirmer ce qu’on va faire :
« Just to be clear, we’ll walk through your numbers, share our constraints, and then explore options that could work for both. Sound fair? »
Pourquoi : vous décrivez la danse de la négociation avant qu’elle commence, moins de surprise.
Phase 2 : Écoute et clarification (4 phrases)
Écouter avec intention est votre arme la plus forte. Ces phrases vous permettent de creuser sans juger.
6. Demander des précisions :
« That’s helpful context. Can you walk me through the numbers behind that 12% increase? What’s driving the cost structure? »
Pourquoi : les chiffres génériques cachent souvent les leviers de flexibilité. Demandez-les.
7. Tester votre compréhension :
« So if I understand correctly, the 12% accounts for material costs (40%), labor (35%), and logistics (25%). Is that right? And where do you see the most flexibility? »
Pourquoi : vous paraphrasez pour confirmer ET vous invitez l’autre à révéler où il pourrait bouger.
8. Identifier le décideur :
« I hear you. To move forward, do you have the authority to adjust pricing if we commit to higher volumes, or do you need to check with your finance team? »
Pourquoi : vous identifiez qui décide réellement. Pas de temps à gaspiller avec des non-décideurs.
9. Synthétiser les points communs :
« What I’m hearing is: you need cost recovery, we need stable pricing, and both of us care about a long-term relationship. That’s actually alignment. »
Pourquoi : mettez en évidence ce qui unit vous et l’autre partie ; psychologiquement, c’est un pivot puissant.
Phase 3 : Proposition conditionnelle (5 phrases)
Ici, vous proposez. Mais jamais sans condition. La structure clé : “If… we can…”
10. Proposer avec condition :
« If you can lock in volumes of 500 units per month for 24 months, we can absorb the labor cost increase and hold pricing at 6% rather than your 12%. »
Pourquoi : vous offrez quelque chose (prix réduit) en échange de quelque chose de valeur (volume stable). C’est un échange honnête.
11. Proposer deux options :
« We see two paths forward. Option A: you get the 12% price increase but commit to 24-month volumes. Option B: you get 5% increase with 12-month terms and flexibility to renegotiate. Which scenario interests you more? »
Pourquoi : les options donnent l’illusion du contrôle à l’autre partie, elle se sent autonome, pas forcée.
12. Proposer un pilote :
« Rather than committing to the full volume immediately, what if we run a 3-month pilot at the revised pricing? If it works, we lock in the longer contract. If not, we adjust. »
Pourquoi : le pilote réduit le risque perçu et déverrouille les négociations qui traînent.
13. Lier conditions ensemble :
« We could work with 8% if payment terms shift from Net 30 to Net 45. The trade-off makes sense for both: you get better pricing, we get better cash flow. Fair? »
Pourquoi : vous liez des domaines apparemment non-liés (prix ↔ termes de paiement) : souvent, l’autre a de la flexibilité là où vous avez besoin.
14. Ajouter de la valeur à côté du prix :
« The 8% holds if you let us co-market your services to our client base. That gives you market exposure worth about 2-3% in value. It’s not cash, but it’s real revenue opportunity. »
Pourquoi : parfois, ajouter de la valeur non-monétaire déverrouille une négociation figée sur le prix.
Phase 4 : Contre-proposition et concession (6 phrases)
L’autre partie dit non ou contrepropose. Voici comment réagir intelligemment.
15. Reconnaître sans accepter :
« I appreciate your counteroffer of 10%. I see where you’re coming from. Here’s the challenge on our end: at 10%, our margin dips below 18%, which makes the contract unprofitable for us. »
Pourquoi : vous ne rejetez pas, vous explicitez votre constraint. Psychologiquement, c’est moins agressif que « Non ».
16. Exposer votre limite :
« We can go to 8%, but no further. That’s the line where we can genuinely commit to you for 2 years without financial risk. Beyond that, the risk shifts to us. »
Pourquoi : vous montrez que vous avez une limite rationnelle, pas une négociation sans fin.
17. Revenir aux intérêts communs :
« Let’s step back. You need cost recovery, we need sustainable margins. At 8%, both happen. At 10%, only one party is happy. How do we get to 8% while you still feel whole? »
Pourquoi : vous refocalisez sur les intérêts, pas sur les positions rigides.
18. Offrir une concession mesurable :
« You asked for 10%. We can’t go there, but we can increase volume commitments from 500 to 750 units per month, which gives you more revenue. That’s roughly equivalent in value. »
Pourquoi : vous concédez sur un point (volume) plutôt que sur un autre (prix), c’est souvent moins douloureux pour l’autre partie.
**19. Fixer une deadline» :
« This offer is valid until Friday. After that, we need to explore alternatives. Not as pressure, just honesty: we have other options, and we can’t hold the table open indefinitely. »
Pourquoi : les négociations sans deadline se traînent. La deadline force la décision.
20. Conditionner la suite :
« We can meet your 10% if you absorb the logistics cost (shipping to your warehouse). That way, you get the price, but you’re carrying the freight. Does that work? »
Pourquoi : vous traduisez un refus en une option alternative, c’est moins brutal.
Phase 5 : Clôture et sécurisation (5 phrases)
Vous sentez qu’il y a un accord. Voici comment le verrouiller sans détruire la relation.
21. Confirmer avant de signer :
« Let me make sure I’ve got this right. You’re committing to 750 units/month, pricing at 8%, Net 45 terms, 24-month contract, and we’ll do a quarterly business review. Have I captured everything? »
Pourquoi : vous énumérez tous les termes à l’oral avant de les envoyer par écrit, moins de surprises.
22. Envoyer la confirmation écrite :
« Perfect. I’ll send you an email summary with the exact terms we just agreed to: pricing, volumes, dates, payment terms, all of it. Please review and confirm by EOD tomorrow. »
Pourquoi : toujours par écrit. Les accords oraux disparaissent.
23. Anticiper les questions futures :
« We’ve locked in the pricing and volumes. One thing I want to flag: if your costs dip materially (say, commodity prices fall 15%+), we can revisit the price in 12 months. That’s only fair. »
Pourquoi : vous semblez juste en suggérant une cluse de révision, ça renforce la relation, pas la détruit.
24. Célébrer l’accord :
« I’m genuinely pleased we found a path that works for both of us. You’re a good partner to negotiate with: you listened, you moved where it made sense, and we got to yes. I’m looking forward to our partnership. »
Pourquoi : terminer positivement renforce l’engagement émotionnel pour les prochains 24 mois.
25. Clarifier les prochaines étapes :
« Here’s the timeline: I send the draft by EOD today, you review by Thursday, we get legal to review by Friday, and we aim to sign by end of next week. Any blockers on your end? »
Pourquoi : vous enlevez l’ambiguïté. Tout le monde sait ce qui vient après.
Dialogue complet : exemple réel
Voici comment ces 25 phrases s’enchaînent dans une vraie négociation sur 2 appels :
Appel 1 (30 min) :
- Jalal (buyer) : « Before we dive in, I’d like to confirm the scope… [Phrase 1]. I understand you’re facing cost pressures… [Phrase 2]. »
- Fournisseur : « Yes, materials and labor up 15% this year. We need 12%. »
- Jalal : « That’s helpful. Can you walk me through the breakdown… [Phrase 6]. »
- Fournisseur : (Explique : 40 % matériau, 35 % main d’œuvre, 25 % logistique)
- Jalal : « If you can lock in 500 units/month for 24 mois, we can absorb la labor and hold à 6%… [Phrase 10]. »
- Fournisseur : « Non, ça ne marche pas. Minimum 10%. »
- Jalal : « I appreciate your counteroffer… [Phrase 15]. At 8%, our margin dips below 18%… [Phrase 16]. »
Appel 2 (15 min, après refléchir) :
- Jalal : « You asked for 10%, we can increase volumes from 500 à 750/mois… [Phrase 18]. »
- Fournisseur : « D’accord pour 750, mais 9% minimum. »
- Jalal : « We can meet 9% if you absorb les frais d’envoi… [Phrase 20]. »
- Fournisseur : « Deal. »
- Jalal : « Let me confirm… 750 units, 9%, Net 45, 24 mois… [Phrase 21]. Je t’envoie l’email de synthèse today… [Phrase 22]. »
Résultat : Jalal a obtenu 9% au lieu de 12% (3 points gagnés) et a décalé les coûts vers le fournisseur (frais d’envoi). Win-win.
Maillage : pour approfondir
- Réunion en visio : scripts et vocabulaire : animer une discussion commerciale en vidéo
- Email professionnel en anglais : confirmer les accords par écrit
- Présentation PowerPoint : 15 phrases clés : structurer vos propositions
- Anglais business, tous les articles : guide complet formation
Glossaire : IELTS Business, test reconnu pour les cadres bilingues.
Sources officielles pour aller plus loin
Trois références sérieuses pour approfondir la méthode (toutes en accès libre) :
- Harvard Program on Negotiation (PON) : le centre de référence académique sur la négociation, fondé sur les travaux de Roger Fisher et William Ury (Getting to Yes). Lectures pratiques sur le BATNA, l’ancrage et la gestion d’émotion sont publiées chaque semaine sur le PON Daily Blog.
- Harvard Business Review, Negotiations : études de cas et frameworks (la fameuse « ZOPA », Zone of Possible Agreement, y est expliquée en termes opérationnels par Deepak Malhotra).
- McKinsey, Procurement and negotiations : articles sur les négociations B2B à forte valeur, particulièrement utiles pour qui travaille avec des fournisseurs internationaux (méthodes data-driven d’évaluation des offres).
Citation typique : Selon l’étude « Three (Often Overlooked) Strategies for Negotiating with the Toughest Negotiators » publiée sur le PON Daily Blog (2024), les négociateurs qui pratiquent la « contingent question » (formulation conditionnelle anglaise comme « If we agreed to X, would you accept Y? ») obtiennent 23 % de concessions de plus que ceux qui posent des questions ouvertes.
Tactiques complémentaires
Silence stratégique : après chaque proposition, taisez-vous. L’inconfort du silence pousse souvent l’autre à concéder sans que vous ayez dû dire un mot.
Préparer votre BATNA : avant chaque négociation, écrivez votre seuil minimum, vos conditions non-négociables et votre plan B. Vous serez plus confiant et moins émotionnel.
Écrire au fur et à mesure : à chaque accord sur un point, confirmez-le par écrit. Les petits oui s’empilent en accord final difficile à revenir en arrière.
Dénormaliser les chiffres : si on vous propose 12 %, demandez d’où ça vient. 90 % des chiffres sont des points de départ, pas des maxima absolus.
En résumé
- Ouverture structurée : confirmez le périmètre, écoutez d’abord, annoncez votre intention = fondations solides.
- Écoute active : paraphrasez, creusez, identifiez le décideur = révélez les leviers de flexibilité de l’autre.
- Proposition conditionnelle : jamais de prix nu; toujours « If… we can… » = échange honnête.
- Contre-proposition intelligente : reconnaissez, exposez votre limite, revenez aux intérêts communs = firmness sans agressivité.
- Clôture écrite : confirmez à l’oral, envoyez par écrit, anticipez questions futures, célébrez = relation durable.
- Silence strategique : l’inconfort du silence génère des concessions plus que les paroles.
- BATNA clair : clarifié avant, donne confiance pendant; vous ne forcez pas, vous choisissez = position plus forte.
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Questions fréquentes
Les réponses qu'on donne le plus souvent au centre.
Faut-il être agressif en négociation anglaise ou rester très poli ?
Rester très poli. L'anglais des affaires valorise l'assertivité SANS agressivité : c'est la combinaison des phrases comme « I appreciate your point, AND here's our constraint… » (« I appreciate… AND ») plutôt que « BUT ». Le AND maintient l'écoute. Les Anglo-saxons respectent les négociateurs qui défendent leur position avec diplomatie, pas ceux qui forcent.
Combien de temps durer une négociation en anglais avant de signer ?
Cela dépend du volume. Pour un contrat <50k, 1-2 appels suffisent (15-30 min chacun). Pour 50-200k, 2-3 appels (30-60 min). Pour >200k, compter 3-5 séances avec versions écrites progressives. Règle d'or : si vous traînez >1 mois, c'est souvent un signe que l'une des parties n'est pas sérieuse. Confirmez TOUJOURS par email écrit, chiffres inclus.
Qu'est-ce que le BATNA et pourquoi est-ce crucial en négociation anglaise ?
BATNA = Best Alternative To Negotiated Agreement (meilleure alternative à un accord négocié). C'est votre plan B si la négociation échoue. Le connaître vous rend confiant : vous ne forcez rien, vous pouvez marcher. Avant d'entrer en négociation, clarifiez : Quel est mon prix minimum ? Quelles conditions sont non-négociables ? Si l'autre partie refuse, que fais-je ? Cette clarté se sent, elle renforce votre position.